CLAUDIO.—Merci, chère Isabelle.
ISABELLE.—Tiens-toi prêt, Claudio, à mourir demain.
CLAUDIO.—Oui.—Mais quoi! a-t-il donc en lui des passions qui puissent lui faire ainsi mordre la loi au nez?... Quand il voudrait la violer?... sûrement ce n'est pas un péché, ou, des sept péchés capitaux, celui-là est le moindre.
ISABELLE.—Quel est le moindre?
CLAUDIO.—Si c'était un péché damnable, lui qui est si sage voudrait-il, pour le plaisir d'un moment, s'exposer à une peine éternelle? O Isabelle!
ISABELLE.—Que dit mon frère?
CLAUDIO.—Que la mort est une chose terrible.
ISABELLE.—Et une vie sans honneur, une chose haïssable.
CLAUDIO.—Oui; mais mourir, et aller on ne sait où; être gisant dans une froide tombe, et y pourrir; perdre cette chaleur vitale et douée de sentiment, pour devenir une argile pétrie; tandis que l'âme accoutumée ici-bas à la jouissance se baignera dans les flots brûlants, ou habitera dans les régions d'une glace épaisse,—emprisonnée dans les vents invisibles, pour être emportée violemment et sans relâche par les ouragans autour de ce globe suspendu dans l'espace, ou pour subir un sort plus affreux que le plus affreux de ceux que la pensée errante et incertaine imagine avec un cri d'épouvante; oh! cela est trop horrible. La vie de ce monde la plus pénible et la plus odieuse que la vieillesse, ou la misère, ou la douleur, ou la prison puissent imposer à la nature, est encore un paradis auprès de tout ce que nous appréhendons de la mort.
ISABELLE.—Hélas! hélas!