LE DUC.—Tout est bien arrangé; je n'ai pas encore dit un mot de tout cela à Marianne.—(Il l'appelle.) Êtes-vous là? Venez. (Rentre Marianne.) Je vous en prie, faites connaissance avec cette jeune personne; elle vient pour vous faire du bien.

ISABELLE.—Je le désire pour elle.

LE DUC, à Marianne.—Êtes-vous persuadée que je m'intéresse à vous?

MARIANNE.—Bon religieux, je le sais, et j'en ai reçu des preuves.

LE DUC.—Prenez-donc votre compagne par la main; elle a une confidence à vous faire. J'attendrai votre loisir; mais hâtez-vous: l'humide nuit s'approche.

MARIANNE, à Isabelle.—Voulez-vous faire un tour de promenade à l'écart?

(Elles sortent toutes deux.)

LE DUC seul.—O dignité! O grandeur! Des millions d'yeux perfides sont attachés sur toi! Des volumes de rapports, composés de récits faux et contradictoires, courent le monde sur tes actions! Mille esprits inquiets te prennent pour l'objet de leurs rêves insensés, et te tourmentent dans leur imagination! (Marianne et Isabelle rentrent.) Soyez les bienvenues. Hé bien, êtes-vous d'accord?

ISABELLE.—Elle se chargera de l'entreprise, mon père, si vous le lui conseillez.

LE DUC.—Non-seulement je le lui conseille, mais je le lui demande.