LE PRÉVÔT.—Et voilà la grâce de Claudio.

LE MESSAGER.—Mon maître vous envoie ces ordres; et il m'a de plus chargé de vous dire que vous ayez à ne pas vous écarter le moins du monde de ce qu'il vous prescrit, ni pour le temps, ni pour l'objet, ni pour toute autre circonstance. Bonjour; car à ce que je présume il est presque jour.

LE PRÉVÔT.—J'obéirai à ses ordres.

(Le messager sort.)

LE DUC, à part.—C'est la grâce de Claudio, achetée par le crime même, pour lequel on devrait punir celui qui en accorde le pardon. Le crime se propage rapidement quand il naît dans le sein de l'autorité: quand le vice fait grâce, le pardon s'étend si loin, que pour l'amour de la faute, le coupable trouve des amis.—Eh bien, prévôt, quelles nouvelles?

LE PRÉVÔT.—Je vous l'ai bien dit: le seigneur Angelo, probablement, me croyant négligent dans mon devoir, me réveille par cette exhortation inaccoutumée, et selon moi fort étrange, car il ne l'avait jamais faite auparavant.

LE DUC.—Lisez, je vous écoute.

LE PRÉVÔT.(Il lit la lettre.)—«Quoique que vous puissiez entendre de contraire, que Claudio soit exécuté à quatre heures, et Bernardino dans l'après-midi; et pour ma plus grande satisfaction, ayez à m'envoyer la tête de Claudio à cinq heures. Que ceci soit ponctuellement exécuté; et sachez que cela importe plus que je ne dois encore vous le dire: ainsi, ne manquez pas à votre devoir; vous en répondrez sur votre tête.»

—Que dites-vous à cela, monsieur?

LE DUC.—Qu'est-ce que c'est que ce Bernardino qui doit être exécuté dans l'après-dînée?