LE PRÉVÔT.—Un Bohémien de naissance, mais qui a été nourri et élevé ici; c'est un prisonnier de neuf ans[29].

Note 29: [(retour) ]

Il y a neuf ans qu'il est en prison.

LE DUC.—Comment se fait-il que le duc absent ne lui ait pas rendu sa liberté, ou ne l'ait pas fait exécuter? J'ai ouï dire que tel était son usage.

LE PRÉVÔT.—Les amis du prisonnier ont toujours si bien agi qu'ils ont obtenu des sursis pour lui; et dans le fait, jusqu'au temps du ministère actuel du seigneur Angelo, son affaire n'avait pas de preuves certaines.

LE DUC.—Et sont-elles claires à présent?

LE PRÉVÔT.—Très-manifestes, et il ne les nie pas lui-même.

LE DUC.—A-t-il montré dans la prison quelque repentir? Paraît-il touché?

LE PRÉVÔT.—C'est un homme qui n'a pas de la mort une idée plus terrible que d'un sommeil d'ivresse; sans souci, indifférent, et ne s'effrayant ni du passé, ni du présent, ni de l'avenir; insensible à l'idée de mourir, et qui mourra en désespéré.

LE DUC.—Il a besoin de conseils.

LE PRÉVÔT.—Il n'en veut écouter aucun; il a toujours eu la plus grande liberté dans la prison. Vous lui donneriez les moyens de s'en évader, qu'il n'en voudrait rien faire. Il est ivre plusieurs fois par jour, lorsqu'il n'est pas ivre pendant plusieurs jours entiers. Nous l'avons souvent réveillé comme pour le conduire à l'échafaud; nous lui avons montré un ordre contrefait: cela ne l'a pas ému le moins du monde.