LE DUC, à Bernardino.—Mon ami, excité par ma charité, et apprenant combien vous êtes près de quitter ce monde, je suis venu pour vous exhorter, vous consoler et prier avec vous.

BERNARDINO.—Non pas, moine, j'ai bu dru toute la nuit, et l'on me donnera plus de temps pour me préparer, ou il faudra qu'on me casse la tête à coup de bûche; je ne veux pas consentir à mourir aujourd'hui, cela est sûr.

LE DUC.—Oh! mon ami, il le faut; ainsi, je vous en conjure, jetez vos regards sur le voyage que vous allez faire.

BERNARDINO.—Je jure que nul homme au monde ne viendra à bout de me persuader de mourir aujourd'hui.

LE DUC.—Mais, écoutez-moi...

BERNARDINO.—Pas un mot: si vous avez quelque chose à me dire, venez à mon cachot, car je n'en sors pas de la journée.

(Il s'en va.)

(Entre le prévôt.)

LE DUC.—Également impropre à vivre et à mourir! O coeur de pierre!

LE PRÉVÔT.—Hé bien! mon père, comment trouvez-vous le prisonnier?—(A Abhorson et au bouffon.)—Suivez-le, mes amis: conduisez-le au billot.