ISABELLE.—Cet honnête homme a dit quelque chose de mon histoire.
LUCIO.—Rien que de juste.
LE DUC.—Cela peut être juste; mais vous avez tort de parler avant votre tour. (A Isabelle.) Continuez.
ISABELLE.—J'allai trouver ce dangereux et nuisible ministre.
LE DUC.—Voilà qui sent un peu la démence.
ISABELLE.—Pardonnez-moi: la phrase convient au sujet.
LE DUC.—En la rectifiant.—Au fait, continuez.
ISABELLE.—En un mot, et pour laisser de côté un inutile récit, comment j'ai cherché à le persuader; comment j'ai prié; comment je me suis jetée à ses genoux; comment il a réfuté mes raisons; comment je lui ai répliqué (car tout cela a été long), je déclare d'abord avec honte et douleur l'infâme conclusion. Il n'a voulu relâcher mon frère qu'au prix du sacrifice de mon chaste corps à l'intempérance de ses impudiques désirs. Après beaucoup de débats, ma pitié de soeur a fait taire mon honneur, et j'ai cédé; mais le lendemain, dès le matin, après avoir accompli ses desseins, il a envoyé l'ordre de couper la tête à mon pauvre frère.
LE DUC.—Cela est fort vraisemblable!
ISABELLE.—Ah! plût au ciel que cela fût aussi vraisemblable que cela est vrai!