LE MOINE PIERRE.—Je le connais pour un saint homme de Dieu, et qui n'est point un méchant, ni un intrigant du siècle, comme le rapporte ce gentilhomme. Et, sur ma parole, c'est un homme qui n'a jamais, comme il le prétend, mal parlé de Votre Altesse.
LUCIO.—Seigneur, de la manière la plus infâme: croyez-moi.
LE MOINE PIERRE.—Allons, il pourra, avec le temps, se justifier lui-même: mais pour le moment, il est malade, seigneur, d'une fièvre violente; c'est uniquement à sa prière, ayant su qu'on projetait d'accuser ici devant vous le seigneur Angelo, que je suis venu ici, pour déclarer, comme par sa propre bouche, ce qu'il sait être vrai et faux, et ce que lui-même, par son serment et par toutes sortes de preuves, il démontrera, en quelque temps qu'il soit appelé en témoignage. D'abord, quant à cette femme (à la justification de ce digne seigneur, si directement et si publiquement accusé), vous la verrez démentie en face, jusqu'à ce qu'elle l'avoue elle-même.
LE DUC.—Bon père, nous vous écoutons, parlez. Cela ne vous fait-il pas sourire, seigneur Angelo? O ciel! Ce que c'est que la témérité de ces misérables insensés!—Donnez-nous des siéges.—Venez, cousin Angelo: je veux être partial dans cette affaire: soyez vous-même juge dans votre propre cause. (Isabelle est emmenée par les gardes, et Marianne s'avance.) Est-ce là le témoin, frère?—Qu'elle commence par montrer son visage, et qu'après, elle parle.
MARIANNE.—Pardonnez, seigneur: je ne montrerai point mon visage, que mon époux ne me l'ordonne.
LE DUC.—- Comment! êtes-vous mariée?
MARIANNE.—Non, seigneur.
LE DUC.—Êtes-vous fille?
MARIANNE.—Non, seigneur.
LE DUC.—Vous êtes donc veuve?