BOYET.--La langue des filles caustiques est aussi tranchante que le fil invisible du rasoir; elle peut couper un cheveu imperceptible, si fin, qu'il échappe à la vue. La finesse de leurs traits est au-dessus de toute imagination: leurs saillies ont des ailes plus rapides que les boulets, que le vent, que la pensée, et tout ce qu'il y a de plus rapide.
ROSALINE.--Pas un mot de plus, mes filles. Rompons, rompons l'entretien.
BIRON.--Par le ciel, il faut nous retirer bafoués, et le gosier sec.
LE ROI.--Adieu, folles; vous avez un bien pauvre esprit.
(Le roi, les seigneurs, Moth, les musiciens et la suite s'en vont.)
LA PRINCESSE.--Vingt fois adieu, mes Moscovites gelés. Est-ce là cette génération d'esprits si admirés?
BOYET.--Des lumières qu'un léger souffle de votre bouche a éteintes.
ROSALINE.--Ces esprits chargés d'embonpoint; grossiers, grossiers, épais, épais.
LA PRINCESSE.--Le pauvre esprit pour l'esprit d'un roi! Les déplorables railleries! croyez-vous qu'ils ne se pendront pas de désespoir cette nuit? ou qu'ils oseront montrer de nouveau leurs visages, autrement que sous le masque? Ce Biron qu'on dit si ingénieux était tout décontenancé.
ROSALINE.--Oh! ils étaient là dans la plus déplorable situation: encore un bon mot, et le roi se mettait à pleurer.