MARIE.--Dumaine est à moi, aussi inséparable que l'écorce l'est de l'arbre.
BOYET.--Madame, et vous, mes jolies nymphes, prêtez-moi l'oreille, ils vont revenir tout à l'heure ici sous leur forme naturelle: car il n'est pas possible qu'ils digèrent jamais ce cruel affront.
LA PRINCESSE.--Ils vont revenir, dites-vous?
BOYET.--Ils reviendront, ils reviendront, Dieu le sait; et vous les verrez danser de joie, quoique vous les ayez renvoyés estropiés à force de coups. Ainsi, changez de couleurs, et, lorsqu'ils reparaîtront en ce lieu, épanouissez-vous comme de belles roses au souffle de l'été.
LA PRINCESSE.--Qu'entendez-vous par épanouir? Qu'entendez-vous par là? Parlez de façon qu'on vous entende.
BOYET.--De belles dames masquées sont des roses dans le bouton. Démasquées, et montrant leur incarnat et leurs douces nuances, ce sont des anges sortis des nuages, ou des roses épanouies.
LA PRINCESSE.--Laissez là vos ambiguïtés. Que ferons-nous, s'ils reviennent nous faire la cour en face?
ROSALINE.--Ma chère princesse, si vous voulez vous laisser conduire par mes avis, raillons-les encore en face, comme nous les avons raillés masqués. Plaignons-nous à eux de ce qu'il est venu ici des fous déguisés en Moscovites, dans un accoutrement bizarre, et demandons avec étonnement ce que pouvaient être ces aventuriers, quel était le but de leur plate comédie, de leur prologue grossier, de tout leur procédé si ridicule, et de leur arrivée dans notre tente.
BOYET.--Mesdames, retirez-vous: nos galants sont à deux pas.
LA PRINCESSE.--Courons à nos tentes, comme des chevreuils fuyant dans la plaine.