(La princesse sort avec ses femmes.)

(Entrent le roi, Biron, Longueville et Dumaine dans leur costume habituel.)

LE ROI, à Boyet.--Salut, beau chevalier; où est la princesse?

BOYET.--Elle s'est retirée dans sa tente: Votre Majesté a-t-elle à me charger de quelques ordres pour elle?

LE ROI.--Dites-lui que je la prie de m'accorder une minute d'audience.

BOYET.--Je vais la lui demander, sire; et je sais qu'elle vous l'accordera.

(Boyet sort.)

BIRON.--Cet homme se gorge d'esprit comme les pigeons de pois[69], et il se dégorge quand il plaît à Dieu. Colporteur de bons mots, il revend sa denrée aux vigiles des fêtes, aux assemblées, aux marchés, aux foires; et nous qui le vendons en gros, Dieu le sait, nous n'avons pas l'avantage de l'étaler, comme lui, en vue des chalands. Ce galant sait accrocher les jeunes filles à sa manche, comme une épingle. S'il eût été Adam il aurait tenté Ève: il sait découper les viandes et grasseyer. Quoi! c'est lui qui baisait sa main en signe de politesse; c'est le singe des belles manières, c'est monsieur le précieux; quand il joue au trictrac, il fait gronder les dés en termes choisis, il chante le ténor avec grâce, et dans l'art de maître des cérémonies, le surpasse qui pourra. Les dames l'appellent mon cher coeur; chaque degré que son pied foule en montant, le baise et le caresse: c'est une fleur qui s'épanouit, qui sourit à chacun pour montrer ses dents blanches comme des os de baleine.--Et toutes les consciences qui ne veulent pas mourir endettées lui donnent le titre mérité de Boyet à la langue mielleuse.

Note 69: Proverbe populaire.

LE ROI.--Que les aphthes saisissent sa langue emmiellée, je le lui souhaite de tout mon coeur, pour le punir d'avoir déconcerté le page d'Armado dans son rôle!