LE ROI.--A présent, à la dernière minute de l'heure qui nous sépare, accordez-nous votre amour.
LA PRINCESSE.--Une minute est, je pense, un temps trop court pour terminer un marché éternel; non, non, seigneur, Votre Altesse a commis un parjure, c'est un crime de la tendresse; et en conséquence, voici ma proposition.--Si, par amour pour moi (amour encore bien gratuit de votre part), vous voulez faire quelque sacrifice, vous ferez celui-ci à ma considération. Je ne veux point me fier à votre serment; mais allez promptement vous renfermer dans quelque ermitage solitaire et désert, éloigné de tous les plaisirs du monde; restez-y jusqu'à ce que les douze signes célestes aient complètement rendu leur compte annuel. Si cette vie austère et privée de toute société ne change rien à votre offre faite dans l'ardeur du sang; si les gelées, les jeûnes, la tristesse de l'habitation, et de grossiers habillements ne fanent pas cette fragile fleur d'amour, mais qu'elle résiste à cette longue épreuve, et que vos sentiments persévèrent; alors, à l'expiration de l'année, venez me réclamer au nom du mérite de ce noviciat; et, je le jure par cette main virginale qui s'unit maintenant à la vôtre, je serai à vous. Jusqu'à ce terme, je vais enfermer ma triste existence dans une maison de deuil, versant les pleurs de la douleur sur le souvenir de mon père. Si vous vous refusez à cette convention, que nos mains se désunissent, sans prétendre à aucun droit sur le coeur l'un de l'autre.
LE ROI.--Si je refusais cette épreuve, ou toute autre plus pénible encore; si je refusais de laisser dormir dans le repos toutes mes facultés, que la main soudaine de la mort vienne fermer à l'instant mes yeux; de ce moment mon coeur vole dans votre sein.
BIRON.--Et moi, chère amante, et moi, quelle sera ma pénitence?
ROSALINE.--Il faut aussi vous purifier; vos péchés sont en grand nombre, vous êtes coupable de parjure; si donc vous prétendez à mes faveurs, vous passerez un mois à visiter les lits des malades.
DUMAINE.--Et moi, ma belle, et moi, quelle sera la mienne?
CATHERINE.--Une femme!--Plus de barbe, une belle santé et l'honnêteté; voilà les trois souhaits que forme pour vous mon amour.
DUMAINE.--Puis-je répondre: «Je vous rends grâces, aimable épouse?»
CATHERINE.--Non pas, seigneur.--Pendant un an et un jour, je n'écouterai pas un mot des doux propos que les galants débitent d'un visage flatteur. Lorsque le roi viendra retrouver notre princesse, alors, si j'ai beaucoup d'amour, je vous en donnerai un peu.
DUMAINE.--Je vous servirai jusqu'à ce terme avec loyauté et fidélité.