BOYET.--Le roi de Navarre était déjà informé de votre illustre ambassade, et, avant que je parusse, lui et les courtisans qui partagent son voeu étaient déjà tout prêts à vous accueillir, noble princesse; mais j'ai appris qu'il aime mieux vous loger dans les champs, comme un ennemi qui viendrait assiéger sa cour, que de songer à se dispenser de son serment, pour vous introduire dans son palais solitaire. Voici le roi de Navarre.
(Toutes les dames mettent leurs masques.)
(Entrent le roi de Navarre, Longueville, Dumaine, Biron, Suite.)
LE ROI.--Belle princesse, soyez la bienvenue à la cour de Navarre.
LA PRINCESSE.--Belle, je vous renvoie ce compliment, bienvenue, je ne le suis point encore: cette voûte est trop élevée pour être celle de votre palais, et ces champs sont une demeure trop indigne de moi, pour pouvoir me dire la bienvenue.
LE ROI.--Vous serez, madame, bien accueillie à ma cour.
LA PRINCESSE.--Bienvenue à votre cour; alors je serai la bienvenue; daignez donc m'y conduire.
LE ROI.--Daignez m'entendre, chère princesse; je me suis lié par un serment.
LA PRINCESSE.--Si le ciel n'assiste pas mon prince, il va se parjurer?
LE ROI.--Non, belle princesse, il ne le ferait pas pour le monde entier, du moins de sa libre volonté.