LE ROI.--Biron, tes railleries ont trop d'amertume: sommes-nous donc ainsi trahis et exposés à tes regards!
BIRON.--Ce n'est pas vous qui êtes trahis par moi; c'est moi qui le suis par vous; moi qui reste honnête à moi, qui regarde comme un crime de violer le voeu dont je suis lié: je suis trahi, puisque je suis dans la société d'hommes changeant comme la lune, et d'une rare inconstance! Quand me verrez-vous rien écrire en rimes ou pousser des soupirs pour une femme? ou dépenser une seule minute de mon temps à polir mes plumes? Quand entendrez-vous dire que je loue une main, un pied, un visage, un oeil, une démarche, une contenance, un sourcil, une gorge, une ceinture, une jambe?...
(Biron va sortir.)
LE ROI.--Arrêtez.--Où courez-vous si vite? Est-ce un honnête homme, ou un voleur, qui s'enfuit avec cette précipitation?
BIRON.--Je fuis l'amour: bel amoureux, laissez-moi partir.
(Entre Jacquinette et Costard.)
JACQUINETTE.--Dieu conserve le roi!
LE ROI.--Quel présent as-tu là?
COSTARD.--Une certaine trahison.
LE ROI.--Que fait la trahison ici?