Autre partie du parc.
HOLOFERNE, NATHANIEL, DULL.
HOLOFERNE.--Satis quod sufficit.
NATHANIEL.--Je bénis Dieu pour vous, monsieur. Vos arguments à dîner ont été piquants et sentencieux, plaisants sans bouffonnerie, ingénieux sans affectation, animés sans impudence, savants sans entêtement et neufs sans hérésie. J'ai conversé un quondam jour avec un homme de la suite du roi, qui est intitulé, nommé, ou appelé don Adriano d'Armado.
HOLOFERNE.--Novi hominem tanquam te. Son humeur est hautaine, sa conversation est tranchante, sa langue est impure, son oeil ambitieux, sa démarche superbe, et tout son maintien est vain, ridicule et plein d'emphase thrasonicale[56]. Il est trop tiré à quatre épingles, trop élégant, trop affecté, trop singulier, pour ainsi parler, trop pérégrinal, pourrais-je dire encore.
NATHANIEL, tirant ses tablettes pour écrire.--Épithète singulière et choisie!
HOLOFERNE.--Le fil de sa verbosité est plus beau et plus brillant que la chaîne de ses raisonnements. J'abhorre ces gens fantasques et fanatiques, ces puristes insociables et pleins d'affectation, qui mettent l'orthographe à la torture, qui prononcent doute, lorsqu'il faut dire doubte; dette, lorsqu'on doit prononcer debte, d, e, b, t, e, et non pas d, e, t: ils vous appellent un cerf, cer, un boeuf, beu. Froid, vocatur fret[57], paon, en abrége, est pan. Cela est abhominable (il dirait, lui, abominable), cela m'insinue la folie. Ne intelligis, domine, il y a de quoi rendre frénétique, lunatique.
Note 57: Il a fallu en beaucoup d'endroits de cette scène chercher des équivalents.
NATHANIEL.--Laus Deo, bonè; intelligo.