ROSALINE, à Catherine.--Allons, changeons: portez vos cadeaux de manière à les faire voir.

CATHERINE, à la princesse.--Mais quel est votre but dans cet échange?

LA PRINCESSE.--Mon projet est de traverser le leur. Ce qu'ils en font n'est qu'un badinage pour s'amuser, tromper le trompeur est tout mon but. Ils révéleront leurs secrets à celles que, dans leur méprise, ils croiront leurs maîtresses, et ensuite, à la première occasion que nous aurons de les revoir à visage découvert, pour leur parler et les complimenter, ils seront l'objet de nos railleries.

ROSALINE.--Mais danserons-nous s'ils nous y invitent?

LA PRINCESSE.--Non; pour rien au monde, nous ne remuerons le pied, et ne rendrons aucun compliment;--pas un mot de remerciement à leurs discours étudiés: et détournons le visage, tandis qu'ils nous parleront.

BOYET.--Oh! le dédain tuera le courage de l'orateur, et lui fera oublier tout son rôle.

LA PRINCESSE.--C'est bien là ce que je veux: et je suis sûre que le reste du compliment ne pourra jamais paraître au jour, si l'orateur est une fois hors de contenance. Il n'est rien de plus divertissant que de dérouter un badinage par un autre: faisons-nous un amusement de leur projet de s'amuser de nous sans qu'ils puissent prendre leur revanche. Ainsi le rire sera pour nous seules, et nous nous divertirons du tour qu'ils voulaient nous jouer; et eux, en se voyant bien raillés, ils s'en retourneront avec leur honte.

(On entend des trompettes.)

BOYET.--La trompette sonne: masquez-vous: voilà les masques qui viennent.

(La princesse et ses femmes se masquent.)