PÉRICLÈS.--Comme ces pêcheurs, d'après le marécageux sujet de la mer, peignent les erreurs de l'homme et de leurs demeures humides ils passent en revue tout ce que l'homme approuve et invente.--Paix à vos travaux, honnêtes pêcheurs.
SECOND PÊCHEUR.--Honnête!... bonhomme, qu'est-ce que cela?--Si c'est un jour qui vous convienne, effacez-le du calendrier, et personne ne le cherchera.
PÉRICLÈS.--Non, voyez, la mer a jeté sur votre côte....
SECOND PÊCHEUR.--Quelle folle d'ivrogne est la mer, de te jeter sur notre chemin!
PÉRICLÈS.--Un homme que les flots et les vents, dans ce vaste jeu de paume, ont pris pour balle, vous supplie d'avoir pitié de lui; il vous supplie, lui qui n'est pas habitué à demander.
PREMIER PÊCHEUR.--Quoi donc, l'ami, ne peux-tu mendier? Il y a des gens dans notre Grèce qui gagnent plus en mendiant que nous en travaillant.
SECOND PÊCHEUR.--Sais-tu prendre des poissons?
PÉRICLÈS.--Je n'ai jamais fait ce métier.
SECOND PÊCHEUR.--Alors tu mourras de faim; car il n'y a rien à gagner aujourd'hui, à moins que tu ne le pêches.
PÉRICLÈS.--J'ai appris à oublier ce que je fus; mais le besoin me force de penser à ce que je suis, un homme transi de froid; mes veines sont glacées et n'ont guère de vie que ce qui peut suffire à donner assez de chaleur à ma langue pour implorer vos secours. Si vous me les refusez, comme je suis homme, veuillez me faire ensevelir quand je serai mort.