PREMIER SEIGNEUR.--Sachez que nos griefs sont au comble et vont enfin déborder.

HÉLICANUS.--Vos griefs! quels sont-ils? N'outragez pas le prince que vous aimez.

PREMIER SEIGNEUR.--Ne vous manquez donc pas à vous-même, noble Hélicanus: si le prince vit, faites-le-nous saluer, ou dites-nous quelle contrée jouit du bonheur de sa présence; s'il est dans ce monde, nous le chercherons, s'il est dans le tombeau, nous l'y trouverons. Nous voulons savoir s'il vit encore pour nous gouverner; ou, s'il est mort, nous voulons le pleurer et procéder à une élection libre.

SECOND SEIGNEUR.--C'est sa mort qui nous semble presque certaine. Comme ce royaume sans son chef, tel qu'un noble édifice sans toiture, tomberait bientôt en ruine, c'est à vous comme au plus habile et au plus digne que nous nous soumettons.--Soyez notre souverain.

TOUS.--Vive le noble Hélicanus!

HÉLICANUS.--Soyez fidèles à la cause de l'honneur; épargnez-moi vos suffrages, si vous aimez le prince Périclès. Si je me rends à vos désirs, je me jette dans la mer, où il y a des heures de tourmente pour une minute de calme. Laissez-moi donc vous supplier de différer votre choix pendant un an encore en l'absence du roi. Si, ce terme expiré, il ne revient pas, je supporterai avec patience le joug que vous m'offrez. Si je ne puis vous amener à cette complaisance, allez, en nobles chevaliers et en fidèles sujets, chercher votre prince et les aventures: si vous le trouvez et le faites revenir, vous serez comme des diamants autour de sa couronne.

PREMIER SEIGNEUR.--Il n'y a qu'un fou qui ne cède pas à la sagesse; et puisque le seigneur Hélicanus nous le conseille, nous allons commencer nos voyages.

HÉLICANUS.--Vous nous aimez alors, et nous vous serrons la main. Quand les grands agissent ainsi de concert, un royaume reste debout.

(Ils sortent.)

SCÈNE V