LYSIMAQUE.--Salut, sire, que les dieux vous conservent! salut, royale majesté.

HÉLICANUS.--C'est en vain, il ne vous parlera pas.

PREMIER SEIGNEUR DE MITYLÈNE.--Seigneur, nous avons à Mitylène une jeune fille qui, je gage, le ferait parler.

LYSIMAQUE.--Bonne pensée! sans questions, par le doux son de sa voix et d'autres séductions, elle attaquerait le sens de l'ouïe assoupi à demi chez lui. La plus heureuse, comme elle est la plus belle, elle est avec ses compagnes dans le bosquet situé près du rivage de l'île.

(Lysimaque dit deux mots à l'oreille d'un des seigneurs de la suite qui sort avec la barque.)

HÉLICANUS.--Certainement tout sera sans effet, mais nous ne rejetterons rien de ce qui porte le nom de guérison.--En attendant, puisque nous avons fait jusqu'ici usage de votre bonté, permettez-nous de vous demander encore de faire ici nos provisions avec notre or qui, loin de nous manquer, nous fatigue par sa vétusté.

LYSIMAQUE.--Seigneur, c'est une courtoisie que nous ne pouvons vous refuser sans que les dieux justes ne nous envoient une chenille pour chaque bourgeon afin d'en punir notre province; mais, encore une fois, je vous prie de me faire connaître en détail la cause de la douleur de votre roi.

HÉLICANUS.--Seigneur, seigneur, je vais vous l'apprendre.--Mais, voyez, je suis prévenu.

(La barque de Lysimaque avance. On voit passer sur le vaisseau tyrien, un seigneur de Mitylène, Marina et une jeune dame.)

LYSIMAQUE.--Oh! voici la dame que j'ai envoyé chercher. Soyez la bienvenue.--N'est-ce pas une beauté céleste?