ROMÉO.—Que lui diras-tu, nourrice? Tu ne m'écoutes pas.
LA NOURRICE.—Je lui dirai, seigneur, que vous protestez; et c'est là, je le vois bien, parler en gentilhomme[48].
Note 48: [(retour) ]
Je vous proteste était, à ce qu'il paraît, une des locutions françaises les plus indispensables à un homme du bel air.
ROMÉO.—Dis-lui de trouver quelque prétexte pour aller à confesse cette après-midi; elle viendra à la cellule de frère Laurence, qui la confessera et la mariera. Voilà pour ta peine.
LA NOURRICE.—Non, en vérité, seigneur, pas une obole.
ROMÉO.—Allez, allez, je vous dis que vous l'accepterez.
LA NOURRICE.—Cette après-midi, seigneur? Bien, elle s'y trouvera.
ROMÉO.—Et toi, bonne nourrice, va attendre derrière le mur de l'abbaye; avant une heure mon domestique t'y rejoindra et te portera des cordes tressées en échelle, qui, dans le mystérieux silence de la nuit, m'élèveront au dernier degré du plus glorieux bonheur. Adieu, sois fidèle, et je reconnaîtrai tes soins. Adieu! recommande-moi à ta maîtresse.
LA NOURRICE.—Que le Dieu du ciel vous bénisse!—Un mot, seigneur.
ROMÉO.—Que me veux-tu, chère nourrice?