(Entre Lucilius.)

LUCILIUS.—Me voici, seigneur, à vos ordres.

LE VIEILLARD.—Cet homme, seigneur Timon, votre créature, hante de nuit ma maison. Je suis un homme qui, depuis ma jeunesse, me suis adonné au négoce; et mon état mérite, un plus riche héritier qu'un homme qui découpe à table.

TIMON.—Eh bien! qu'y a-t-il de plus?

LE VIEILLARD.—Je n'ai qu'une fille, une fille unique, à qui je puisse transmettre ce que j'ai. Elle est belle, et des plus jeunes qu'on puisse épouser. Je l'ai élevée avec de grandes dépenses pour lui faire acquérir tous les talents. Ce valet, qui vous appartient, ose rechercher son amour. Je vous conjure, noble seigneur, joignez-vous à moi pour lui défendre de la fréquenter; pour moi, j'ai parlé en vain.

TIMON.-Le jeune homme est honnête.

LE VIEILLARD.—Il le sera donc envers moi, Timon.... Que son honnêteté lui serve de récompense sans m'enlever ma fille.

TIMON.—L'aime-t-elle?

LE VIEILLARD.—Elle est jeune et crédule. Nos passions passées nous apprennent combien la jeunesse est légère.

TIMON.—Aimes-tu cette jeune fille?