LE PAGE.—Ta mère, en te donnant le jour, a fait un chien, et tu mourras de faim comme un chien. Point de réplique. Je m'en vais.

(Il sort.)

APÉMANTUS.—C'est nous rendre le plus grand service.—Fou, j'irai avec toi chez le seigneur Timon.

LE FOU.—Me laisseras-tu là?

APÉMANTUS.—Si Timon est chez lui,—Vous êtes là trois qui servez trois usuriers?

TOUS.—Oui; plût aux dieux qu'ils nous servissent!

APÉMANTUS.—Je le voudrais.—Je vous servirais comme le bourreau sert le voleur.

LE FOU.—Êtes-vous tous trois valets d'usuriers?

TOUS.—Oui, fou.

LE FOU.—Je pense qu'il n'y a point d'usuriers qui n'aient un fou pour serviteur. Ma maîtresse est une usurière, et moi je suis son fou. Quand quelqu'un emprunte de l'argent à vos maîtres, il arrive tristement et s'en retourne gai. Mais on entre gaiement chez ma maîtresse, et on en sort tout triste. Dites-moi la raison de cela?