LE SERVITEUR DE VARRON.—Je puis vous en donner une.
LE FOU.—Parle donc afin que nous puissions te regarder comme un agent d'infamie et un fripon. Va, tu n'en seras pas moins estimé.
LE SERVITEUR DE VARRON.—Qu'est-ce qu'un agent d'infamie, fou?
LE FOU.—C'est un fou bien vêtu, qui te ressemble un peu; c'est un esprit: quelquefois il paraît sous la figure d'un seigneur, quelquefois sous celle d'un légiste, quelquefois sous celle d'un philosophe qui porte deux pierres, outre la pierre philosophale. Souvent il ressemble à un chevalier: enfin cet esprit rôde sous toutes les formes que revêt l'homme, depuis quatre-vingts ans jusqu'à treize.
LE SERVITEUR DE VARRON.—Tu n'es pas tout à fait fou.
LE FOU.—Ni toi tout à fait sage: ce que j'ai de plus en folie, tu l'as de moins en esprit.
VARRON.—Cette réponse conviendrait à Apémantus.
TOUS.—Place, place: voici le seigneur Timon.
APÉMANTUS,—Fou, viens avec moi, viens.
LE FOU.—Je n'aime point à suivre toujours un amant, un frère aîné, ou une femme; quelquefois je suis un philosophe.