(Sortent Apémantus et le fou.)
FLAVIUS, aux serviteurs.—Promenez-vous, je vous prie, près d'ici; je vous parlerai dans un moment.
(Timon et Flavius restent seuls.)
TIMON.—Vous m'étonnez fort! Pourquoi ne m'avez-vous pas exposé plus tôt l'état de mes affaires? J'aurais pu proportionner mes dépenses à ce que j'avais de moyens.
FLAVIUS.—Vous n'avez jamais voulu m'entendre; je vous l'ai proposé plusieurs fois.
TIMON.—Allons, vous aurez peut-être pris le moment où, étant mal disposé, je vous ai renvoyé; et vous avez profité de ce prétexte pour vous excuser.
FLAVIUS.—O mon bon maître! je vous ai présenté bien des fois mes comptes; je les ai mis devant vos yeux; vous les avez toujours rejetés, en disant que vous vous reposiez sur mon honnêteté. Quand, pour quelque léger cadeau, vous m'avez ordonné de rendre une certaine somme, j'ai secoué la tête et j'ai gémi: même, je suis sorti des bornes du respect, en vous exhortant à tenir votre main plus fermée. J'ai essuyé de votre part et bien souvent des réprimandes assez dures, quand j'ai voulu vous ouvrir les yeux sur la diminution de votre fortune et l'accroissement constant de vos dettes! O mon cher maître, quoique vous m'écoutiez aujourd'hui trop tard, cependant il est nécessaire que vous le sachiez: tous vos biens ne suffiraient pas pour payer la moitié de vos dettes.
TIMON.—Qu'on vende toutes mes terres.
FLAVIUS.—Toutes sont engagées; quelques-unes sont forfaites et perdues; à peine nous reste-t-il de quoi fermer la bouche aux créances échues. D'autres échéances arrivent à grands pas. Qui nous soutiendra dans cet intervalle, et enfin comment se terminera notre dernier compte?
TIMON.—Mes possessions s'étendaient jusqu'à Lacédémone.