SERVILIUS.—Voyez, par bonheur, voilà le seigneur Lucius; j'ai tant couru pour le trouver, que je suis tout en nage.—Très-honoré seigneur....
LUCIUS.—Ah! Servilius! je suis charmé de te voir, porte-toi bien, recommande-moi à l'amitié de ton honnête et estimable maître, le plus cher de mes amis.
SERVILIUS.—Seigneur, sous votre bon plaisir, mon maître vous envoie....
LUCIUS.—Oh! que m'a-t-il envoyé? Que d'obligations je lui ai! Sans cesse il envoie. Dis-moi, comment pourrai-je le remercier? Et que m'envoie-il?
SERVILIUS.—Il vous envoie seulement l'occasion de lui rendre un service, mon seigneur; il supplie votre Seigneurie de lui prêter, en ce moment, cinquante talents.
LUCIUS.—Je vois bien que Timon veut faire une plaisanterie; il n'est pas possible qu'il ait besoin de cinquante talents, ni même de cinq fois autant.
SERVILIUS.—Il a besoin pour le moment d'une somme plus petite. S'il n'en avait pas besoin pour un bon usage, je ne vous conjurerais pas avec tant d'instances.
LUCIUS.—Parles-tu sérieusement, Servilius?
SERVILIUS.—Sur mon âme, c'est vrai, seigneur.
LUCIUS.—Quel vilaine brute je suis, de m'être dégarni dans une si belle occasion de montrer mes bons sentiments! Je suis bien malheureux d'avoir été hier acquérir une petite terre, pour perdre aujourd'hui l'occasion de me faire grand honneur! Servilius, je te jure, à la face des dieux, qu'il m'est impossible de pouvoir le faire....—Je n'en suis que plus sot, dis-je, j'allais moi-même envoyer demander quelque argent à Timon: ces messieurs en sont témoins; mais, je ne voudrais pas à présent l'avoir fait pour toutes les richesses d'Athènes. Recommande-moi affectueusement à ton bon maître. Je me flatte que je ne perdrai rien de son estime, parce que je n'ai pas le pouvoir de l'obliger; dis-lui de ma part que je mets au nombre de mes plus grands malheurs de ne pouvoir faire ce plaisir à un si estimable seigneur. Bon Servilius, me promets-lu de me faire l'amitié de répéter à Timon mes propres paroles?