Place publique d'Athènes.
Entrent LUCIUS, TROIS ÉTRANGERS.
LUCIUS.—Qui? le seigneur Timon? C'est mon bon ami: et un homme honorable!
PREMIER ÉTRANGER.—Nous le savons, quoique nous lui soyons étrangers. Mais, je puis vous dire une chose, seigneur, que j'entends répéter couramment; c'est que les heures fortunées de Timon sont passées; sa richesse lui échappe.
LUCIUS.—Allons donc! n'en croyez rien; il ne peut manquer d'argent.
SECOND ÉTRANGER.—Mais croyez bien ceci, seigneur, c'est qu'il n'y a pas bien longtemps qu'un de ses gens est venu trouver le seigneur Lucullus pour lui emprunter un certain nombre de talents; oui, il l'a pressé instamment, en faisant sentir la nécessité où son maître est réduit; et il a essuyé un refus.
LUCIUS.—Comment?
SECOND ÉTRANGER.—Un refus, vous dis-je, seigneur.
LUCIUS.—Quelle étrange chose! Par tous les dieux, j'en suis honteux! Refuser cet homme honorable, il faut avoir bien peu d'honneur. Quant à moi, je dois l'avouer, j'ai reçu de lui quelques petites marques de sa bonté, de l'argent, de la vaisselle, des bijoux et semblables bagatelles, rien auprès des présents qu'a reçus Lucullus; eh! bien, si, au lieu de s'adresser à lui, il avait envoyé chez moi, je ne lui aurais jamais refusé la somme dont il aurait eu besoin.
(Entre Servilius.)