PREMIER SÉNATEUR.—Il mourra.

ALCIBIADE.—Sort cruel! Il aurait pu mourir à la guerre!—Seigneur, si ce n'est à cause de ses qualités personnelles, quoi qu'il dût se racheter par son bras droit sans rien devoir à personne, prenez, pour vous fléchir, mes services et joignez-les aux siens. Comme je sais qu'il est de la prudence de votre âge de prendre des sûretés, je vous engage mes victoires et mes honneurs, pour répondre de sa reconnaissance. Si, pour son crime, il doit sa vie à la loi, qu'il la donne à la guerre dans un vaillant combat; car la loi est sévère, et la guerre ne l'est pas davantage.

PREMIER SÉNATEUR.—Nous tenons pour la loi; il mourra: n'insiste plus, sous peine de notre déplaisir; ami ou frère, qui répand le sang d'autrui doit le sien à la loi.

ALCIBIADE.—Qu'il en soit ainsi? Cela ne sera pas, seigneurs, je vous en conjure, connaissez-moi.

SECOND SÉNATEUR.—Comment?

ALCIBIADE.—Rappelez-vous qui je suis.

TROISIÈME SÉNATEUR.—Comment?

ALCIBIADE—Je dois croire que votre vieillesse m'a oublié: autrement on ne me verrait pas ainsi abaissé demandant une grâce aussi simple qu'on me refuse. Mes blessures se rouvrent d'indignation.

PREMIER SÉNATEUR.—Oses-tu provoquer notre colère? Ecoute, ce n'est qu'un mot, mais son effet est étendu: nous te bannissons pour jamais.

ALCIBIADE.—Me bannir? Moi!... Bannissez plutôt votre radotage, bannissez l'usure qui déshonore le sénat.