PREMIER SÉNATEUR.—Si, après deux soleils, Athènes te voit encore, attends de nous le jugement le plus rigoureux, et pour ne pas nous échauffer davantage, il sera exécuté sur l'heure.

(Ils sortent.)

ALCIBIADE.—Puissent les dieux vous faire vieillir assez pour que vous deveniez des squelettes dont tous les yeux se détournent! Ma rage est au comble.—Je faisais fuir leurs ennemis, tandis qu'ils comptaient leur argent et le prêtaient à gros intérêts.—Et moi, je ne suis riche qu'en larges blessures.—Tout cela pour en venir à ceci! Est-ce là le baume que ce sénat d'usuriers verse dans les plaies des guerriers? Ah! l'exil!—Je n'en suis pas fâché: je ne hais pas d'être exilé; c'est un affront fait pour allumer ma fureur et mon indignation, afin que je puisse frapper Athènes. Je vais ranimer le courage de mes troupes, mécontentes et gagner leurs coeurs. Il y a de la gloire à combattre de nombreux ennemis. Les guerriers ne doivent, pas plus que les dieux, souffrir qu'on les offense.

(Il sort.)

SCÈNE VI

Appartement magnifique dans la maison de Timon.
Musique, tables préparées, serviteurs.

PLUSIEURS SEIGNEURS entrent par diverses portes.

PREMIER SEIGNEUR.—Bonjour, seigneur.

SECOND SEIGNEUR.—Je vous le souhaite aussi. Je pense que l'honorable Timon n'a fait que nous éprouver l'autre jour.

PREMIER SEIGNEUR.—C'était la réflexion qui occupait mon oisiveté, lorsque nous nous sommes rencontrés. Je me flatte qu'il n'est pas si bas qu'il le semblait par l'épreuve qu'il a faite de ses divers amis.