TIMON.—Va-t'en, coquin importun; j'en suis fâché, mais je vais perdre une pierre après toi[25]! (Il lui jette une pierre.)
Note 25:[ (retour) ] «Tout homme a une pierre pour jeter à un chien.» (Proverbe.) On connaît l'étymologie du mot cynique.
APÉMANTUS.—Bête sauvage!
TIMON.—Esclave!
APÉMANTUS.—Crapaud!
TIMON.—Coquin, coquin, coquin! (Apémantus s'éloigne comme pour s'en aller.) Je suis malade de dégoût de ce monde pervers; je n'en veux rien aimer, que les aliments nécessaires qui croissent sur sa surface.—Allons, Timon, prépare maintenant ta tombe; repose dans un lieu où l'écume légère de la mer puisse chaque jour en baigner la pierre: compose ton épitaphe, et que la mort rie en moi de la vie des autres. (Il regarde son or.) O toi, doux régicide; cher métal de discorde entre le père et le fils; toi, brillant corrupteur de la pureté du lit nuptial, vaillant Mars, amant toujours jeune, toujours frais et séduisant, toujours aimé, dont l'éclat fond la neige consacrée qui protège le sein de Diane! ô toi, dieu visible, qui réunis les contraires dans une alliance étroite et les amène à s'embrasser; toi, qui parles et assortis tous les langages à tous les desseins! ô toi, pierre de touche des coeurs, pense que l'homme, ton esclave, se révolte, et, par ta puissance, allume entre eux des discordes mortelles! Puisse l'empire du monde rester à la brute!
APÉMANTUS.—Que ton voeu s'exauce; mais quand je serai mort.—Je vais dire que tu as de l'or; tu seras bientôt entouré d'une foule.
TIMON.—D'une foule?
APÉMANTUS.—Oui.
TIMON.—Tourne-moi le dos, je t'en conjure.