MARCUS.--Ciel, peux-tu entendre les gémissements d'un homme de bien, et ne pas t'attendrir, et ne pas prendre pitié de ses maux? Marcus, suis dans sa fureur cet infortuné qui porte dans son coeur plus de blessures faites par la douleur que les coups de l'ennemi n'ont laissé de traces sur son bouclier usé; et cependant il est si juste qu'il ne veut pas se venger.--Ciel! charge-toi donc de venger le vieil Andronicus.

(Il sort.)

SCÈNE II

Appartement du palais.

Entrent AARON, CHIRON et DÉMÉTRIUS par une des portes du palais; LUCIUS et un serviteur entrent par l'autre porte avec un faisceau d'armes sur lesquelles sont gravés des vers.

CHIRON.--Démétrius, voilà le fils de Lucius: il est chargé de quelque message pour nous.

AARON.--Oui, de quelque message extravagant de la part de son extravagant grand-père.

L'ENFANT.--Seigneurs, avec toute l'humilité possible, je salue Vos Grandeurs de la part d'Andronicus; (à part) et je prie tous les dieux de Rome qu'ils vous confondent tous deux.

DÉMÉTRIUS.--Grand merci, aimable Lucius; qu'y a-t-il de nouveau?

L'ENFANT, à part.--Que vous êtes tous les deux découverts pour des scélérats souillés d'un rapt; voilà ce qu'il y a de nouveau.--(Haut.) Sous votre bon plaisir, mon grand-père, bien conseillé, vous envoie par moi les plus belles armes de son arsenal, pour en gratifier votre illustre jeunesse, qui fait l'espoir de Rome; car c'est ainsi qu'il m'a ordonné de vous appeler; je m'en acquitte, et je présente à Vos Grandeurs ces dons, afin que dans l'occasion vous soyez bien armés et bien équipés; et je prends congé de vous, (à part) comme de sanguinaires scélérats que vous êtes.