Note 17:[ (retour) ] Suprême dominateur du monde! peux-tu voir, peux-tu entendre avec patience de si grands scélérats (Sénèque, tragédie d'Hippolyte).

MARCUS.--Calme-toi, cher Titus; quoique je convienne qu'il y en a assez d'écrit sur ce sable pour révolter les âmes les plus douces, pour armer de fureur le coeur des enfants. Seigneur, agenouillez-vous avec moi: Lavinia, agenouille-toi; et toi, jeune enfant, l'espérance de l'Hector romain, agenouille-toi aussi et jurez tous avec moi; comme autrefois Junius Brutus jura, pour le viol de Lucrèce, avec l'époux désolé et le père de cette dame vertueuse et déshonorée, jurez que nous poursuivrons avec prudence une vengeance mortelle sur ces traîtres Goths, et que nous verrons couler leur sang, ou que nous mourrons de cet affront.

TITUS.--C'est assez sûr, si nous savions comment. Si vous blessez ces jeunes ours, prenez garde: leur mère se réveillera; et si elle vous flaire une fois, songez qu'elle est étroitement liguée avec le lion, qu'elle le berce et l'endort sur son sein, et que pendant son sommeil elle peut faire tout ce qu'elle veut. Vous êtes un jeune chasseur, Marcus: laissons dormir cette idée, et venez; je vais me procurer une feuille d'airain, et avec un stylet d'acier j'y écrirai ces mots pour les mettre en réserve:--Les vents irrités du Nord vont éparpiller ces sables dans l'air, comme les feuilles de la sibylle; et que devient alors votre leçon? Enfant, qu'en dis-tu?

L'ENFANT.--Je dis, seigneur, que si j'étais homme, la chambre où couche leur mère ne serait pas un asile sûr pour ces scélérats, esclaves du joug romain.

MARCUS.--Oui, voilà mon enfant! Ton père en a souvent agi ainsi pour cette ingrate patrie.

L'ENFANT.--Et moi, mon oncle, j'en ferai autant, si je vis.

TITUS.--Viens, viens avec moi dans mon arsenal. Lucius, je veux t'équiper; et ensuite, mon enfant, tu porteras de ma part aux fils de l'impératrice les présents que j'ai l'intention de leur envoyer à tous deux. Viens, viens: tu feras ce message; n'est-ce pas?

L'ENFANT.--Oui, avec mon poignard dans leur sein, grand-père.

TITUS.--Non, non, mon enfant; non pas cela: je t'enseignerai un autre moyen. Viens, Lavinia.--Marcus, veille sur la maison: Lucius et moi, nous allons faire les braves à la cour: oui, seigneur, nous le ferons comme je le dis, et on nous rendra honneur.

(Titus sort avec Lavinia et l'enfant.)