(Mutius, Marcus, Quintus, Lucius, sortent emmenant Alarbus.)

TAMORA.--O piété impie et barbare!

CHIRON.--Jamais la Scythie fut-elle à moitié aussi féroce?

DÉMÉTRIUS.--Ne compare point la Scythie à l'ambitieuse Rome. Alarbus marche au repos; et nous, nous survivons pour trembler sous le regard menaçant de Titus.--Allons, madame, prenez courage; mais espérez en même temps que les mêmes dieux qui fournirent à la reine de Troie [2] l'occasion d'exercer sa vengeance sur le tyran de Thrace surpris dans sa tente, pourront favoriser également Tamora, reine des Goths (lorsque les Goths étaient Goths et Tamora reine), et lui permettre de venger sur ses ennemis ses sanglants affronts.

(Lucius, Quintus, Marcus et Mutius rentrent avec leurs épées sanglantes.)

Note 2:[ (retour) ] Hécube et Polymnestre.

LUCIUS.--Enfin, mon seigneur et père, nous avons accompli nos rites romains: les membres d'Alarbus sont coupés, et ses entrailles alimentent la flamme du sacrifice, dont la fumée, comme l'encens, parfume les cieux: il ne reste plus qu'à enterrer nos frères, et à leur souhaiter la bienvenue à Rome au bruit des trompettes.

TITUS.--Qu'il en soit ainsi, et qu'Andronicus adresse à leurs ombres le dernier adieu. (Les trompettes sonnent, tandis qu'on dépose les cercueils dans la tombe.) Reposez ici, mes fils, dans la paix et l'honneur; intrépides défenseurs de Rome, reposez ici, à l'abri des vicissitudes et des malheurs de ce monde. Ici ne se cache pas la trahison, ici ne respire pas l'envie: ici n'entre point l'infernale haine; ici nulle tempête, nul bruit ne troubleront votre repos; vous y goûterez un silence, un sommeil éternels. (Entre Lavinia.) Reposez ici, ô mes fils, en honneur et en paix!

LAVINIA.--Que Titus aussi vive longtemps en honneur et en paix! Mon noble seigneur et père, vivez aussi! Hélas! je viens aussi payer le tribut de ma douleur à cette tombe, à la mémoire de mes frères; et je me jette à vos pieds, en répandant sur la terre mes larmes de joie, pour votre retour à Rome. Ah! bénissez-moi ici de votre main victorieuse, dont les plus illustres citoyens de Rome célèbrent les succès.

TITUS.--Bienfaisante Rome, tu m'as conservé avec amour la consolation de ma vieillesse, pour réjouir mon coeur.--Vis, Lavinia: que tes jours surpassent les jours de ton père, et que l'éloge de tes vertus survive à l'éternité de la gloire.