TAMORA.--Pourquoi as-tu tué ainsi ta fille unique?

TITUS.--Ce n'est pas moi: c'est Chiron et Démétrius, ils l'ont violée, ils lui ont tranché la langue; ce sont eux, oui, eux, qui lui ont fait tout ce mal.

SATURNINUS.--Qu'on aille les chercher sur-le-champ.

TITUS.--Bon! ils sont là tous deux assaisonnés dans ce pâté, dont leur mère s'est délicatement nourrie: elle a mangé la chair qu'elle a enfantée elle-même. C'est la vérité, c'est la vérité: j'en atteste la lame affilée de mon couteau.

(Il perce Tamora.)

SATURNINUS.--Meurs, misérable fou, pour cet abominable forfait.

(Saturninus tue Titus.)

LUCIUS.--L'oeil d'un fils peut-il voir couler le sang de son père? Voilà salaire pour salaire, mort pour mort.

(Lucius poignarde Saturninus.)

MARCUS.--Peuple et fils de Rome dont je vois les tristes visages que ce tumulte disperse comme une troupe d'oiseaux séparés par les vents et le tourbillon de la tempête, laissez-moi vous enseigner le moyen de réunir de nouveau dans une gerbe unique ces épis épars, et de former de ces membres séparés un seul corps.