«Les fils abominables de la fière impératrice sont les seuls auteurs de mes souffrances.»
J'arrachai mes cheveux gris, je maudis l'heure où j'étais né, et je souhaitai que la main qui avait combattu pour l'honneur de Rome eût été estropiée dans le berceau.
Le More, toujours occupé de scélératesses, dit que si je voulais délivrer mes fils, il fallait que je donnasse ma main droite à l'empereur, et qu'alors il laisserait vivre mes fils.
J'ordonnai au More de me couper sur-le-champ la main, et je la vis séparée de mon bras sans crainte et sans horreur; car j'aurais volontiers donné au tyran mon coeur sanglant pour la vie de mes enfants.
Bientôt on me rapporte ma main qu'on avait refusée, et les têtes de mes fils séparées de leurs corps: je les contemplai, et mes larmes coulèrent encore à plus grands flots.
Alors en proie à ma misère, je m'en allai sans secours, je traçai ma douleur sur le sable avec mes larmes, je décochai ma flèche vers le ciel [30], et j'invoquai à grands cris les puissances de l'enfer pour me venger.
Note 30:[ (retour) ] Si cette ballade est antérieure à la tragédie, c'est ici une expression métaphorique, empruntée probablement d'un passage du psaume LXIV, 3: «Ceux qui visent avec des mots empoisonnés, comme avec des flèches.» PERCY.
L'impératrice, qui me crut fou, parut devant moi sous la forme d'une furie, avec ses fils travestis; elle se disait la Vengeance, et ses deux fils le Rapt et le Meurtre.
Je la laissai quelque temps dans cette idée, jusqu'à ce que mes amis, ayant épié le lieu et le moment, attachèrent les princes à un poteau, pour infliger la punition due à leur crime.
Je les égorgeai; Lavinia, des restes de ses bras mutilés, tint le bassin pour recevoir leur sang; je râpai ensuite leurs os, pour faire de cette poussière une pâte épaisse dont je fis deux pâtés.