Cette enfant, appelée Lavinia, était fiancée au noble fils de l'empereur: dans une chasse, il fut massacré par les indignes complices de la cruelle impératrice.
On eut la méchanceté de jeter son corps dans une profonde et sombre fosse; le scélérat more passa peu de temps après par cet endroit avec mes fils, et ils tombèrent dans la fosse.
Le More y fit passer ensuite l'empereur, et leur imputa tout le crime de ce meurtre; comme ils furent trouvés dans la fosse, on les arrêta et on les enchaîna.
Mais ce qui mit le comble à mon malheur, les deux princes eurent la cruauté d'enlever ma fille sans pitié, et souillèrent sa chasteté dans leurs bras impudiques.
Et quand ils l'eurent déshonorée, ils firent tout ce qu'ils purent pour tenir leur crime secret; ils lui coupèrent la langue, afin qu'elle ne pût les accuser.
Ils lui coupèrent aussi les deux mains, afin qu'elle ne pût ni mettre ses plaintes par écrit, ni trahir les deux complices de ce forfait, en brodant avec l'aiguille sur son métier.
Mon frère Marcus la rencontra dans la forêt où son sang arrosait la terre, la vit les deux bras coupés, sans langue, et ne pouvant se plaindre de son malheur.
Et lorsque je la vis dans cet affreux état, je versai des larmes; je poussai pour Lavinia plus de plaintes que je n'en avais poussé pour mes vingt-deux fils.
Et quand je vis qu'elle ne pouvait ni écrire, ni parler, ce fut alors que mon coeur se brisa de douleur; nous répandîmes du sable sur la terre, afin de parvenir à dévoiler l'auteur de tant d'atrocités.
Avec un bâton, sans le secours de la main, elle écrivit sur le sable ce qui suit: