HÉLÈNE.--Vous savez si bien rétrograder, quand vous combattez.

PAROLLES.--C'est pour en prendre plus d'avantage.

HÉLÈNE.--C'est aussi pour cela que l'on fuit, quand la crainte conseille de chercher sa sûreté. Mais ce mélange de courage et de peur qui est en vous est une vertu dont l'aile est bien rapide, et dont le vol me plaît infiniment.

PAROLLES.--J'ai la tête si occupée d'affaires, que je ne suis pas en état de vous faire une réponse piquante. Je serai à mon retour un parfait courtisan, mon instruction servira à vous naturaliser, et vous serez en état de recevoir les conseils d'un homme de cour, et de comprendre les avis qu'il vous consacrera. Autrement, vous mourrez dans votre ingratitude, et votre ignorance vous perdra. Adieu. Quand vous aurez du loisir, récitez vos prières; et quand vous n'en aurez point, souvenez-vous de vos amis: procurez-vous un bon mari, et traitez-le comme il vous traitera: et là-dessus, adieu.

(Il sort.)

HÉLÈNE.--Souvent ces ressources, que nous attribuons au ciel, résident en nous-mêmes. Le destin nous laisse une libre carrière; il ne tire en arrière nos projets languissants que lorsque nous sommes paresseux nous-mêmes. Quelle est cette puissance qui élève mon amour si haut, et qui me fait voir ce dont je ne puis rassasier mes regards? Souvent deux êtres entre lesquels la fortune a jeté un espace immense, la nature les réunit comme deux moitiés, et les amène à s'embrasser, comme s'ils étaient nés l'un pour l'autre. Les entreprises extraordinaires sont impossibles pour qui mesure leur difficulté par ses sens, et qui s'imagine que ce qui n'est pas arrivé ne peut arriver. Quelle femme vit-on jamais s'efforcer de faire connaître son mérite, qui ait échoué dans ses amours? La maladie du roi...--Mon projet peut tromper mon espoir; mais ma résolution est bien arrêtée, et elle ne m'abandonnera pas.

SCÈNE II

Paris. Appartement dans le palais du roi.

Fanfares. LE ROI DE FRANCE paraît avec sa suite; il tient des lettres à la main.

LE ROI.--Les Florentins et les Siennois en sont venus aux mains. Ils ont combattu avec un avantage égal, ils continuent la guerre avec courage.