LE ROI.--Je te crois maintenant une prostituée.
DIANE.--Grand Jupiter! si jamais j'ai connu un homme, c'est vous.
LE ROI.--Pourquoi donc accuses-tu Bertrand depuis tout ce temps?
DIANE.--Parce qu'il est coupable et qu'il n'est pas coupable. Il sait que je ne suis plus vierge, et il en ferait serment. Moi, je ferai serment que je suis vierge, et il ne le sait pas. Grand roi, je ne suis point une prostituée; sur ma vie, je suis vierge, ou (montrant Lafeu) la femme de ce vieillard.
LE ROI.--Elle abuse de ma patience. Qu'on la mène en prison.
DIANE.--Ma bonne mère, allez chercher ma caution. Attendez un moment, mon royal seigneur (la veuve sort): on est allé chercher le joaillier à qui appartient l'anneau, et il sera ma caution; mais pour ce jeune seigneur (à Bertrand) qui m'a abusée, comme il le sait lui-même, quoique cependant il ne m'ait jamais fait aucun tort, je le renonce ici. Il sait lui-même qu'il a souillé ma couche: et alors même il a fait un enfant à son épouse; quoiqu'elle soit morte, elle sent remuer son enfant. Ainsi, voilà mon énigme: une femme morte est vivante, et voici le mot de l'énigme.
(Hélène et la veuve entrent.)
LE ROI.--N'y a-t-il point quelque enchanteur qui me fascine la vue? Est-ce un objet réel que je vois?
HÉLÈNE.--Non, mon bon seigneur, ce n'est que l'ombre d'une épouse que vous voyez; le nom, et non pas la chose.
BERTRAND.--Tous les deux, tous les deux; ah! pardon!