La scène est en Roussillon. Appartement dans le palais de la comtesse.

LA COMTESSE, son INTENDANT ET UN BOUFFON [6].

[Note 6: ][ (retour) ] C'est toujours le clown, ou bouffon domestique.

LA COMTESSE.--Je suis prête à vous entendre à présent: qu'avez-vous à dire de cette jeune demoiselle?

L'INTENDANT.--Madame, je désirerais que l'on pût trouver dans le journal de mes services passés tous les soins que j'ai pris pour tâcher de vous contenter; car nous blessons notre modestie, et nous ternissons la pureté de nos services en les publiant nous-mêmes.

LA COMTESSE.--Que fait ici ce maraud? Retirez-vous, drôle; toutes les plaintes que j'ai entendues sur votre compte, je ne les crois pas toutes... non...; mais c'est la faute de ma lenteur à croire; car je sais que vous ne manquez pas de folie pour commettre ces méchancetés, et que vous avez assez d'adresse pour les commettre subtilement.

LE BOUFFON.--Vous n'ignorez pas, madame, que je suis un pauvre diable.

LA COMTESSE.--C'est bien, monsieur.

LE BOUFFON.--Non, madame, il n'est pas bien que je sois pauvre, quoique la plupart des riches soient damnés. Mais si je puis obtenir le consentement de Votre Seigneurie pour entrer dans le monde, la jeune Isabeau et moi, nous ferons comme nous pourrons.

LA COMTESSE.--Tu veux donc aller mendier?