LA COMTESSE.--De ton mariage plutôt que de la méchanceté.

LE BOUFFON.--Je suis absolument dépourvu d'amis, madame, et j'espère m'en procurer par ma femme.

LA COMTESSE.--Maraud! de tels amis sont tes ennemis.

LE BOUFFON.--Vous n'y êtes pas, madame, ce sont de grands amis; car les fripons viennent faire pour moi ce que je suis las de faire. Celui qui laboure ma terre épargne mon attelage et me laisse en recueillir la moisson: si je suis déshonoré, il est mon valet: celui qui réjouit ma femme est le bienfaiteur de ma chair et de mon sang; celui qui fait du bien à ma chair et à mon sang aime ma chair et mon sang; celui qui aime ma chair et mon sang est mon ami: Ergo, celui qui embrasse ma femme est mon ami. Si les hommes pouvaient être contents de ce qu'ils sont, il n'y aurait aucune crainte à avoir dans le mariage; car le jeune Charon le puritain, et le vieux Poysam le papiste, quoique leurs coeurs diffèrent en religion, leurs têtes à tous les deux n'en font qu'une. Ils peuvent jouer de la corne ensemble comme tous les daims du troupeau.

LA COMTESSE.--Seras-tu donc toujours une mauvaise langue et un drôle calomniateur?

LE BOUFFON.--Je suis un prophète [8], madame, et je dis la vérité par le plus court chemin.

«Je répéterai la ballade

Que les hommes trouveront vraie

Le mariage vient par destinée;

Le coucou chante par nature.»