LA COMTESSE.--Que peut-on espérer de la guérison du roi?

LAFEU.--Madame, il a congédié tous ses médecins. Sous leur direction, il a fatigué le temps de ses espérances, sans trouver d'autre avantage dans leurs remèdes que de perdre l'espérance avec le temps.

LA COMTESSE.--Cette jeune personne avait un père (oh! avait! que ce mot réveille un triste souvenir!) dont la science égalait presque la probité. Si elle eût été aussi loin, il aurait rendu la nature immortelle, et la mort aurait pu jouer faute d'ouvrage. Plût à Dieu que pour le bonheur du roi il fût encore vivant! je crois qu'il aurait été la mort de sa maladie.

LAFEU.--Comment l'appeliez-vous, madame, cet homme dont vous parlez?

LA COMTESSE.--Il était fameux, monsieur, dans son art, et il avait bien mérité de l'être;--Gérard de Narbonne.

LAFEU.--C'était vraiment un habile homme, madame. Le roi parla de lui dernièrement avec beaucoup d'éloges et de regrets. Il avait assez de science pour vivre encore, si la science pouvait être un préservatif du trépas.

BERTRAND.--Quel est le mal, mon bon seigneur, qui mine les jours du roi?

LAFEU.--Une fistule, seigneur.

BERTRAND.--Je n'avais jamais entendu parler de ce mal.

LAFEU.--Je voudrais bien qu'il fût encore inconnu.--Cette jeune personne est donc la fille de Gérard de Narbonne?