PAROLLES.--Qu'un tambour! N'est-ce qu'un tambour? un tambour ainsi perdu! Le beau commandement! charger les ailes de notre armée avec notre propre cavalerie, et enfoncer nos propres bataillons!

SECOND SEIGNEUR.--On ne doit point blâmer le général qui a commandé: c'est un de ces malheurs de la guerre que César lui-même n'aurait pu prévenir, s'il eût été là pour nous commander.

BERTRAND.--Nous n'avons cependant pas tant à nous plaindre de notre succès. Il est vrai qu'il y a quelque déshonneur à avoir perdu ce tambour; mais enfin, il n'y a plus de moyen de le ravoir.

PAROLLES.--On aurait pu le ravoir.

BERTRAND.--On l'aurait pu, mais on ne le peut pas à présent.

PAROLLES.--On pourrait encore le ravoir. Si le mérite d'un service n'était pas si rarement attribué à celui qui l'a rendu, je l'aurais, ce tambour, lui ou un autre, ou bien hic jacet.

BERTRAND.--Mais si vous en avez envie, monsieur; si vous croyez avoir quelque bonne ruse qui puisse ramener dans son quartier naturel cet instrument d'honneur, eh bien! soyez assez généreux pour l'entreprendre. Allez en avant! je récompenserai cette tentative comme un exploit glorieux. Si vous réussissez, le duc en parlera, et vous payera ce service tout ce qu'il pourra valoir, et d'une manière convenable à sa grandeur.

PAROLLES.--Par le bras d'un guerrier, je l'entreprendrai.

BERTRAND.--Mais il faut à présent vous endormir là-dessus.

PAROLLES.--Je veux m'en occuper dès ce soir; je vais écrire mes dilemmes, m'encourager dans ma certitude, faire mes apprêts homicides; et sur le minuit, attendez-vous à entendre parler de moi.