BERTRAND.--Puis-je hardiment annoncer à Son Altesse que vous êtes parti pour vous en occuper?
PAROLLES.--Je ne sais pas encore quel sera le succès, seigneur: mais pour le tenter, je vous le jure.
BERTRAND.--Je sais que tu es brave; et je répondrais de la possibilité de ta valeur guerrière. Adieu.
PAROLLES.--Je n'aime pas trop de paroles.
(Il sort.)
PREMIER SEIGNEUR.--Non, pas plus que le poisson n'aime l'eau. Cet homme n'est-il pas bien singulier, seigneur, de paraître entreprendre avec tant de confiance une chose qu'il sait bien qu'on ne peut faire? Il se damne à jurer qu'il le fera, et il aimerait mieux être damné que de le faire.
SECOND SEIGNEUR.--Vous ne le connaissez pas encore, seigneur, comme nous le connaissons. Il est bien vrai qu'il a le talent de s'insinuer dans les bonnes grâces de quelqu'un, et que pendant une semaine il saura échapper à bien des occasions de se découvrir; mais quand vous l'aurez une fois connu, ce sera pour toujours.
BERTRAND.--Quoi! vous pensez qu'il ne fera rien de tout ce qu'il s'est engagé si sérieusement à entreprendre?
SECOND SEIGNEUR.--Rien au monde; mais il s'en reviendra avec une invention de sa tête, et il vous y flanquera deux ou trois mensonges plausibles. Mais nous avons déjà fatigué le cerf, et vous le verrez tomber cette nuit. En vérité, seigneur, il ne mérite pas vos bontés.
PREMIER SEIGNEUR.--Nous vous amuserons un peu avec le renard, avant que de lui retourner la peau sur les oreilles. Il a déjà été enfumé par le vieux seigneur Lafeu. Quand on lui aura ôté son déguisement, vous me direz alors quel lâche coquin vous le trouverez, et cela pas plus tard que cette nuit.