BERTRAND.--Changez, changez d'opinion. Ne soyez pas si saintement cruelle: l'amour est saint, et jamais ma sincérité ne connut l'artifice dont vous accusez les hommes. Ne vous éloignez plus, mais rendez-vous au désir de mon coeur, qui se ranimera alors. Dites que vous êtes à moi, et ce qu'est mon amour au commencement, il le sera toujours.
DIANE.--Je vois que les hommes, dans ces sortes de difficultés, fabriquent des cordes que nous laissons bientôt aller nous-mêmes.--Donnez-moi cet anneau.
BERTRAND.--Je vous le prêterai, ma chère; mais il n'est pas en mon pouvoir de le donner sans retour.
DIANE.--Vous ne voulez pas me le donner, seigneur?
BERTRAND.--C'est un gage d'honneur qui appartient à notre maison, et qui m'a été légué par de nombreux ancêtres: ce serait une grande honte pour moi dans le monde que de le perdre.
DIANE.--Mon honneur ressemble à votre anneau: ma chasteté est le joyau de notre maison, qui m'a été transmis par de nombreux ancêtres, et ce serait une grande honte pour moi dans le monde que de le perdre: ainsi, votre propre prudence amène l'honneur pour me servir de champion contre vos vaines attaques.
BERTRAND.--Tenez, prenez mon anneau. Que ma maison, mon honneur, ma vie même soient à vous, et je vous serai soumis.
DIANE.--Quand il sera minuit, frappez à la fenêtre de ma chambre. Je prendrai mes précautions pour que ma mère n'entende rien.--Maintenant je vous recommande, sous la foi sacrée de la vérité, lorsque vous aurez conquis mon lit encore vierge, de n'y rester qu'une heure et de ne pas me parler. J'en ai les plus fortes raisons; vous les saurez ensuite, lorsque cette bague vous sera rendue; et dans la nuit je mettrai à votre doigt un autre anneau qui, dans la suite des temps, pourra attester à l'avenir notre union passée. Adieu, jusqu'alors: n'y manquez pas. Vous avez conquis en moi une épouse, quoique toutes mes espérances de ce côté soient perdues.
BERTRAND.--J'ai conquis le ciel sur la terre en vous recherchant.
(Il sort.)