DIANE.--Puisses-tu vivre longtemps pour remercier le ciel et moi! tu pourrais bien finir par là.--Ma mère m'avait instruite de la manière dont il me ferait sa cour, comme si elle eût été dans son coeur: elle dit que tous les hommes font les mêmes serments: il avait juré de m'épouser quand sa femme serait morte, et moi je coucherai avec lui quand je serai ensevelie. Puisque les Français sont si trompeurs, se marie qui voudra; je veux vivre et mourir vierge; et je ne crois pas que ce soit un péché de tromper, sous ce déguisement, un homme qui voulait me séduire.
(Elle sort.)
SCÈNE III
Le camp florentin.
Entrent LES DEUX SEIGNEURS FRANÇAIS, avec
deux ou trois soldats.
PREMIER OFFICIER.--Vous ne lui avez pas donné la lettre de sa mère?
SECOND OFFICIER.--Je la lui ai remise il y a une heure: il y a dedans quelque chose qui a fait une vive impression sur son âme, car en la lisant il est presque devenu tout d'un coup un autre homme.
PREMIER OFFICIER.--Il s'est attiré un juste blâme en repoussant une si bonne femme, une si aimable dame.
SECOND OFFICIER.--Il a surtout encouru la disgrâce éternelle du roi, dont la générosité eût fait si volontiers son bonheur [31]. Je vous dirai quelque chose, mais vous la tiendrez secrète.
[Note 31: ][ (retour) ] Who had ever tuned his bounty to sing happiness to him. Mot à mot: «Qui avait mis pour lui sa bonté sur l'air du bonheur.»