PAROLLES.--C'est un corbeau du même nid. Il n'est pas tout à fait aussi grand que l'autre en bonté, mais il l'est bien plus en méchanceté. Il surpasse son frère en lâcheté, et cependant son frère passe pour un des plus grands poltrons qu'il y ait; dans une retraite, il court mieux que le moindre valet; mais, ma foi, quand il faut charger, il est sujet aux crampes.
L'INTERPRÈTE.--Si l'on vous fait grâce de la vie, entreprendrez-vous de trahir le Florentin?
PAROLLES.--Oui, et le capitaine de sa cavalerie aussi, le comte de Roussillon.
L'INTERPRÈTE.--Je vais le dire à l'oreille du général et savoir ses intentions.
PAROLLES.--Je ne veux plus entendre de tambours: malédiction sur tous les tambours! C'était uniquement pour paraître rendre un service et pour en imposer à ce jeune débauché de comte que je me suis jeté dans le péril; et cependant qui aurait jamais soupçonné une embuscade là où j'ai été pris?
L'INTERPRÈTE, revenant à lui comme avec la réponse du général.--Il n'y a point de remède, monsieur: il vous faut mourir. Le général dit que vous, qui avez si lâchement dévoilé les secrets de votre armée et fait de si indignes portraits d'officiers qui jouissent de la plus haute estime, vous n'êtes bon à rien dans le monde: ainsi il vous faut mourir. Allons, bourreau, abats-lui la tête.
PAROLLES.--O mon Dieu! monsieur, laissez-moi la vie, ou laissez-moi du moins voir ma mort.
L'INTERPRÈTE.--Vous allez la voir; et faites vos adieux à tous vos amis. (Il lui ôte son bandeau.) Tenez, regardez autour de vous. Connaissez-vous quelqu'un ici?
BERTRAND.--Bonjour, brave capitaine.
SECOND OFFICIER.--Dieu vous bénisse, capitaine Parolles!