HECTOR.—Comment donc? pourquoi?
TROÏLUS.—Pour l'amour de tous les dieux, Hector, laissons la compassion à nos mères; et lorsqu'une fois nous avons revêtu nos armures, que la vengeance la plus envenimée chevauche sur nos glaives; poussons-les aux actes sanguinaires, et défendons-leur la pitié.
HECTOR.—Fi donc, barbare! fi!
TROÏLUS.—Hector, c'est ainsi qu'on fait la guerre.
HECTOR.—Troïlus, je ne veux pas que vous combattiez aujourd'hui.
TROÏLUS.—Qui pourrait me retenir? Ni la destinée, ni l'obéissance, ni le bras de Mars, quand il me donnerait le signal de la retraite avec son glaive enflammé, ni Priam ni Hécube à mes genoux, les yeux rougis par les pleurs; ni vous, mon frère, avec votre fidèle épée nue et pointée contre moi pour m'en empêcher, vous ne pourriez arrêter ma marche, qu'en me tuant.
(Cassandre revient avec Priam.)
CASSANDRE.—Emparez-vous de lui, Priam, retenez-le. Il est votre bâton de vieillesse; si vous le perdez, vous qui êtes appuyé sur lui, et Troie entière qui l'est sur vous, vous tombez tous ensemble.
PRIAM.—Allons, Hector, allons, reviens sur tes pas; ta femme a eu des songes, ta mère des visions. Cassandre prévoit l'avenir, et moi-même je me sens saisi soudain d'un transport prophétique, pour t'annoncer que ce jour est sinistre; ainsi rentre.
HECTOR.—Énée est au champ de bataille, et ma parole est engagée à plusieurs Grecs, sur la foi de la valeur, de me présenter ce matin devant eux.