NESTOR.—Allez, portez à Achille le corps de Patrocle; et dites à cet Ajax, lent comme un limaçon, de s'armer s'il craint la honte. Il y a mille Hector dans le champ de bataille. Ici, il combat sur son coursier galate, et bientôt il manque de victimes; il combat ailleurs à pied, et tous fuient ou meurent comme des poissons fuyant par troupes devant la baleine vomissante. Il reparaît plus loin; et là, les Grecs légers et mûrs pour son glaive tombent devant lui comme l'herbe sous la faux; il est ici, là et partout, quitte et revient avec une dextérité si fidèle à sa volonté, que tout ce qu'il veut il le fait; et il en fait tant, que ce qu'il a exécuté paraît encore impossible.
(Entre Ulysse.)
ULYSSE.—Courage, courage, princes! le grand Achille s'arme en pleurant, en maudissant, en jurant vengeance. Les blessures de Patrocle ont réveillé son sang assoupi, ainsi que la vue de ses Myrmidons, qui, mutilés, hachés et défigurés, sans nez, sans mains, courent à lui en criant après Hector. Ajax a perdu un ami, et il est tout écumant de rage; il est armé, et il est à l'oeuvre, rugissant après Troïlus, qui a fait aujourd'hui des prodiges de témérité et d'extravagance, s'engageant sans cesse dans la mêlée et s'en retirant toujours avec une fougue insouciante et une prudence sans force, comme si la fortune, en dépit de toute précaution, lui ordonnait de tout vaincre.
(Entre Ajax.)
AJAX.—Troïlus! lâche Troïlus!
(Il sort.)
DIOMÈDE.—Oui, par là, par là.
NESTOR.—Allons, allons, nous serons ensemble.
(Ils sortent.)
(Entre Achille.)