AGAMEMNON.—Écoutez, Patrocle.—Nous ne sommes que trop accoutumés à ces réponses. Mais cette excuse qu'il nous envoie sur les ailes rapides du mépris n'échappe point à notre intelligence. Il a beaucoup de mérite, et nous avons beaucoup de raisons de lui en attribuer: cependant toutes ses vertus, que lui-même ne montre pas dans un jour glorieux, commencent à perdre de leur éclat à nos yeux; c'est un beau fruit servi dans un plat malsain, et qui pourrait bien se gâter sans qu'on en goûte. Allez, et répétez-lui que nous sommes venus pour lui parler; et vous ne ferez pas mal de lui dire que nous l'accusons d'un excès d'orgueil, et d'un défaut d'honnêteté. Il se croit plus grand dans son opinion présomptueuse qu'il ne le paraît au jugement du bon sens. Dites-lui que de plus dignes personnages que lui tolèrent la sauvage solitude qu'il affecte, dissimulent la force sacrée de leur autorité, souscrivent avec une humble déférence à sa bizarre supériorité, et épient ses mauvaises lunes, le flux et le reflux de son humeur, comme si tout le cours de cette entreprise devait suivre la marée de ses caprices. Allez, dites-lui cela; et ajoutez que, s'il se met à un prix trop haut, nous nous passerons de lui; que, semblable à une machine de guerre qu'on ne peut transporter, il reste gisant et chargé de ce reproche public: «il faut ici du mouvement: cette machine ne peut aller à la guerre.» Nous préférons un nain actif à un géant endormi.—Dites-lui cela.
PATROCLE.—Je vais le faire, et je rapporterai sa réponse sur-le-champ.
(Patrocle sort.)
AGAMEMNON.—Sa seconde réponse ne nous satisfera pas. Nous sommes venus pour lui parler.... Ulysse, pénétrez dans sa tente.
(Ulysse sort.)
AJAX.—Hé! qu'est-il plus qu'un autre!
AGAMEMNON.—Il n'est pas plus qu'il ne se croit être.
AJAX.—Est-il autant? Ne pensez-vous pas qu'il croit valoir mieux que moi?
AGAMEMNON.—Sans aucun doute.
AJAX.—Et souscrirez-vous à cette opinion, et direz-vous: cela est vrai?