AGAMEMNON.—Non, noble Ajax; vous êtes aussi fort, aussi vaillant, aussi sage, aussi noble, beaucoup plus doux et beaucoup plus traitable que lui.

AJAX.—Comment un homme peut-il être orgueilleux? Comment vient l'orgueil? Je ne sais pas ce que c'est que l'orgueil.

AGAMEMNON.—Votre jugement en est plus net, Ajax, et vos vertus en sont plus belles. L'homme orgueilleux se dévore lui-même. L'orgueil est son miroir, son héraut, son historien: et toute belle action qu'il vante lui-même, il en engloutit le mérite par sa louange même.

AJAX.—Je hais un homme orgueilleux, comme je hais la génération des crapauds.

NESTOR, à part.—Et cependant il s'aime lui-même: cela n'est-il pas étrange?

(Ulysse revient.)

ULYSSE.—Achille n'ira point au combat demain matin.

AGAMEMNON.—Quelle est son excuse?

ULYSSE.—Il n'en allègue aucune: mais il suit le penchant de sa propre humeur, sans attention, ni égard pour personne, obstiné dans sa présomption et sa propre volonté.

AGAMEMNON.—Pourquoi ne veut-il pas, cédant à notre honnête prière, sortir de sa tente et respirer l'air avec nous?