ACHILLE.—Comment cela peut-il être?

THERSITE.—Eh! il marche à pas posés en long et en large comme un paon: il fait un pas, puis une pause. Il rumine, comme une hôtesse qui n'a d'autre arithmétique que sa tête pour inscrire son compte. Il se mord la lèvre avec un regard malin, comme s'il voulait dire: «Il y aurait de l'esprit dans cette tête, s'il en voulait sortir:» et oui, il y en a; mais il y est aussi caché, aussi froid que l'étincelle dans le caillou, dont elle ne jaillit que lorsque le caillou a été frappé. C'est un homme perdu sans ressource; car si Hector ne lui rompt pas le cou dans le combat, il se le rompra lui-même à force de vaine gloire. Il ne me reconnaît plus; je lui ai dit: Bonjour, Ajax. Il m'a répondu: Merci, Agamemnon. Que dites-vous de cet homme, qui me prend pour le général? Il est devenu un vrai poisson de terre, sans voix, un monstre muet. La peste soit de l'opinion! Un homme peut la porter dans les deux sens, à l'endroit et à l'envers, comme un pourpoint de cuir.

ACHILLE.—Il faut que tu sois mon ambassadeur près de lui, Thersite.

THERSITE.—Qui, moi?—Eh mais! il ne veut répondre à personne; il fait profession de ne pas répondre: parler est bon pour la canaille; lui, il porte sa langue dans son bras.—Je veux le contrefaire devant vous: que Patrocle me questionne; vous allez voir la scène d'Ajax.

ACHILLE.—Questionne-le, Patrocle; dis-lui: «Je prie humblement le vaillant Ajax d'inviter le très-valeureux Hector à venir désarmé dans ma tente, et de lui procurer un sauf-conduit pour sa personne, du très-magnanime, très-illustre, et six ou sept fois honorable général de l'armée grecque, Agamemnon, etc....» Dis cela.

PATROCLE.—Que Jupiter bénisse le grand Ajax!

THERSITE.—Hom!

PATROCLE.—Je viens de la part du brave Achille.

THERSITE.—Ah!

PATROCLE.—Qui vous prie humblement d'inviter Hector à venir sous sa tente.