PATROCLE.—Oui, et peut-être en recueillera-t-il beaucoup d'honneur.
ACHILLE.—Je le vois, ma réputation est en péril; ma renommée est dangereusement atteinte.
PATROCLE.—Prenez-y donc bien garde. Les blessures que l'homme se fait lui-même guérissent difficilement. L'omission d'un devoir indispensable nous met en butte aux coups du danger; et le danger, comme une fièvre contagieuse, nous saisit subtilement, même lorsque nous sommes nonchalamment assis au soleil.
ACHILLE.—Va, cher Patrocle; appelle Thersite. J'enverrai ce bouffon vers Ajax, et le chargerai d'inviter les chefs troyens à venir, après le combat, nous voir ici désarmés. J'ai une envie de femme, un désir dont je suis malade; c'est de voir le grand Hector dans ses habits de paix, de causer avec lui, et de contempler à satiété son visage.—(Apercevant Thersite.) Voici une peine épargnée.
(Entre Thersite.)
THERSITE.—Un prodige!
ACHILLE.—Quoi?
THERSITE.—Ajax erre çà et là dans la plaine, se cherchant lui-même.
ACHILLE.—Comment cela?
THERSITE.—Il doit se battre demain en combat singulier avec Hector; et il est si fier d'avance d'une bastonnade héroïque, qu'il extravague en ne disant rien.